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Savoir thérapeutique et matières médicinales dans le monde tibétain.

Perspectives en sciences sociales

Toulouse, 26 octobre 2007 - Savoir médical et matière médicinale dans le monde tibétain - Journée d’études

Séminaire organisé dans le cadre des 10 ans de Nomad RSI par l’Unité de Recherche Nomad, accueillie par le Centre d’Anthropologie Sociale (LISST - Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales / Université de Toulouse le Mirail) et soutenu par l’Institut Français de Pondichéry et le CReCSS, Université Paul Cézanne à Aix-Marseille

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Présentation

Séminaire à ToulouseLes recherches portant sur la médecine tibétaine ont négligé, jusqu’à peu de temps encore, les ethnographies de villages au profit d’études portant sur les institutions et les politiques macro-sociales. Il existe aujourd’hui des points d’ombre, tant sur les pratiques thérapeutiques effectives que sur les dimensions sociales de cette médecine en milieu rural. Cette journée d’étude entend documenter plus en avant ce système médical et apporter quelques éléments d’analyse concernant son état et ses transformations en Inde himalayenne, où il fut établi aux alentours du XI siècle. Quelle place tient aujourd’hui la médecine tibétaine dans l’Himalaya profond ? Quels en sont les facteurs de transformation ? De quelle manière l’analyse de ces transformations peut-elle éclairer les changements plus généraux qui affectent les communautés concernées ? Les intervenants vont répondre à ces questions en retenant deux « sites d’observation » : la matière médicinale (réseau d’échange et marchandisation) et les connaissances médicales (transmission et transformation).

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Intervenants

- Florian Besch (University of Heidelberg / NRU)
- Calum Blaikie (University of Kent / NRU)
- Karma Chodon (Ladakh Society for Traditional Medicines).
- Elisabeth Dodinet (EHESS / Université de Toulouse 2 / NRU)
- Tsewang Gonbo (Ladakh Society for Traditional Medicines)
- Marie-Thérèse Nicolas (CNRS)
- Laurent Pordié (IFP / CReCSS / NRU)

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Programme

Première partie : La vie sociale des plantes

9:30 AM Nommer et reconnaître les plantes : enjeux posés par les plantes médicinales himalayennes en tant qu’objet d’étude et de commerce
Elisabeth Dodinet (EHESS / Université de Toulouse 2)
10:15 AM The economy of medicinal materials in Ladakh : sharing, exchanging and the market
Calum Blaikie (University of Kent)
11:00 AM Les plantes vues de l’intérieur
Présentation d’un projet de conservation des plantes médicinales himalayennes, par Tsewang Gonbo et Karma Chodon (Ladakh Society for Traditional Medicines).
11:30 AM Discussion générale : Plantes et sociétés
12:00 Déjeuner

Seconde partie : Formes et diffusion du savoir médical

14:00 PM Transmission des savoirs en médecine tibétaine au Zangskar
Marie-Thérèse Nicolas (CNRS)
14:45 PM Amchi medicine in Spiti : local knowledge vs. modern scholarly medicine
Florian Besch (University of Heidelberg)
16:15 PM La circulation de la médecine tibétaine. Notes sur le développement dit local
Laurent Pordié (IFP/ CReCSS)
17:00 PM Discussion générale : Pluralité et devenir du savoir médical tibétain
17:30 PM Conclusion

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Résumés des interventions

The economy of medical materials in Ladakh : sharing, exchanging and the market
Calum Blaikie, University of Kent / NRU

This paper explores the relationships between the economy of medical materials and the practice of Tibetan medicine in Ladakh, north-western India. Tibetan medicine uses a large number of multi-component drugs that often contain plant, mineral and animal materials (materia medica) originating from a variety of sources, both within Ladakh and beyond. Practitioners of Tibetan medicine (known as amchi) access materia medica through extensive networks, within which gifts, reciprocal exchanges and market transactions coexist. These networks connect amchi across social and geographic space and are important channels of communication and knowledge transmission, as well as of material flows. I begin with an overview of these networks, both as they operate within Ladakh and as they articulate with wider national and global markets. Particular attention is paid to the underlying logic that animates exchange behaviour and to the strategies that individuals and associations employ to ensure access to materia medica. Both of these issues are practically invisible to orthodox economic analysis, but reveal a great deal when viewed through an ethnographic lens. I then examine how these patterns of exchange map onto changes in medicine production activities and in healer-patient relations, and conclude with some reflections on the part that they play in the commodification and modernisation processes affecting Tibetan medical practice.

Nommer et reconnaître les plantes : enjeux posés par les plantes médicinales himalayennes en tant qu’objet d’étude et de commerce
Elisabeth Dodinet, UMR 5608 CRPPM, Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) – Université de Toulouse II / NRU

La pharmacopée de la médecine « tibétaine » s’est déployée sur une large zone de la Mongolie au Pakistan occidental et sur une longue durée ; elle a été transmise à la fois par les textes et de maître à élève. Pourtant, plutôt qu’une pharmacopée canonique, il serait plus pertinent de reconnaître l’existence de pharmacopées contingentes et localisées, s’intégrant dans une perception et une façon spécifiques d’ordonner et d’utiliser le monde végétal. En effet, la reconnaissance des plantes médicinales reposait sur des critères organoleptiques, visuels et sensibles et sur l’expérience acquise par un apprentissage long, de transmission orale, dans une interrelation d’adaptation à l’environnement naturel disponible localement. En tant qu’objet d’étude, les plantes médicinales himalayennes ont été identifiées dès les premiers travaux ethnobotaniques, par des démarches linnéennes qui ne pouvaient rendre compte des systèmes et pratiques à l’œuvre localement. Par ailleurs, sous l’impulsion du Men-Tsee Khang de Dharamasala, d’une part, et du gouvernement chinois pour le Tibet, d’autre part, et afin de répondre aux exigences d’une commercialisation mondiale, on assiste à une codification des pratiques dans des normes occidentales. Le phénomène est aggravé par les évolutions socio-économiques de la zone himalayenne qui tendent à réduire les temps d’apprentissages et la part de la transmission orale. Le défi majeur, aujourd’hui, réside dans l’enregistrement, la reconnaissance et la compréhension de pratiques diversifiées et des systèmes qui les sous-tendent, avant que ceux-ci ne disparaissent, par une pratique de recherche ethnobiologique, s’intégrant dans une démarche anthropologique.

Amchi medicine in Spiti : local knowledge vs. modern scholarly medicine
Florian Besch, South Asia Institute, University of Heidelberg / NRU

This paper traces the contemporary developments of Tibetan medicine in Spiti and locates especially some of its significant practices in contrast to recent representations and evolvements of Tibetan medicine in India. The presented ethnographic case study in a rural village reveals an amchi as a leading figure (among altogether three religious and medical specialists) in a series of rituals aiming to heal a woman’s illness. The analysis suggests the importance of religious practices for health and of ritual practices for the work of Tibetan medical practitioners in the rural context. The continuous overlapping of the religious and medical spheres in healing practices, and moreover its increasing demonstration by the amchi, marks a new development of amchi medicine in Spiti. The amchi deliberately oppose the local knowledge transferred in their family lineages to the modern Tibetan medicine practiced as a largely secular science of healing in exile-Tibetan settlements.

Transmission des savoirs en médecine tibétaine au Zansgkar
Marie-Thérèse Nicolas, CNRS / Laboratoire interdisciplinaire de recherche en didactique, éducation et formation de Montpellier.

Cette présentation est focalisée sur les conditions d’appropriation des savoirs dans le domaine des sciences de la santé. Des méthodes d’étude traditionnelle de la médecine tibétaine sont encore en usage dans certaines régions isolées de l’Himalaya, comme au Zangskar. L’enseignement pratiqué par Sonam Wangchuck à Karsha est basé sur l’importance de la mémorisation dans l’apprentissage, la relation maître/élèves, les interconnexions entre les traditions médicales et l’environnement social et religieux. Les thankas (thang kha) des « arbres déployés » sont des instruments de production et d’exposition des connaissances. C’est une pratique didactique originale, précurseur de la cartographie conceptuelle. En effet, ils constituent un moyen de représenter graphiquement les informations par construction de cartes ou d’arbres de connaissances qui sont des représentations spatiales de concepts mis en jeu dans une situation donnée. Ces arbres peuvent aussi participer à la validation de l’acquisition des connaissances.

La circulation de la médecine tibétaine. Notes sur le développement dit local
Laurent Pordié, Institut Français de Pondichéry / NRU

La fascination qu’exerce le monde tibétain sur l’Occident et l’intérêt que nos sociétés manifestent depuis deux ou trois décades pour les médecines « autres » ne sont pas étrangers à la mise en œuvre de nombreux projets de « développement » visant la médecine tibétaine dans le monde himalayen. Dans la région du Ladakh en Inde, ces projets locaux sont également une cause importante du déplacement international – encore relatif – des praticiens de l’élite, de l’exportation de leur savoir et, dans une moindre mesure, de leurs médicaments. C’est parce qu’il draine dans son sillage toutes sortes de groupes plus ou moins formels et de donateurs, que le « développement » permet aux amchi de tisser les réseaux sociaux indispensables à leur voyage à l’étranger. Cette communication explore ainsi les relations entre le « développement » local et la délocalisation transnationale de la médecine tibétaine. Cet objet d’étude va permettre d’une part, d’interroger les objectifs du développement et d’autre part, d’examiner sous cet angle la construction sociale de la médecine tibétaine au Ladakh. Les questions de légitimité sociale et médicale et les enjeux de pouvoir au sein du groupe étudié vont se déployer au travers de trois questions fondamentales : Pourquoi et comment le développement local condit-il à la transnationalisation thérapeutique ? Quel en sont les avantages et les coûts sociaux ? De quelle manière ce phénomène contribue-t-il à transformer les discours locaux portant sur le savoir médical ?

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Liste des séminaires

  1. Faults and Flaws Therapeutic Practices Against the Norm in South Asia
  2. Savoir thérapeutique et matières médicinales dans le monde tibétain. Perspectives en sciences sociales
  3. Health and Social Harmony : An interactive seminar for health actors
  4. Mirrored Views on Healing Systems in India : Merging Policies, Politics and Practices
  5. Lectures on Tibetan Medicine : Social Change, Economy and Development
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